Inspiration

Marion Graux

Le tour, les émaux, les formes, la ligne, les matières, les brillances, le rose, les belles tablées, le bien manger… Voici le vocabulaire de la potière Marion Graux. Dans son atelier à Pigalle, elle expérimente pour trouver la nuance « rose aux joues » et vend des fleurs fanées quand elle ne plonge pas les mains dans la glaise pour inventer la vaisselle des chefs audacieux. Ses céramiques trônent sur les fourneaux de Cyril Lignac, Hélène Darroze, Charles Compagnon ou encore Guy Martin. Et pour être sur toutes les tables, Marion a récemment développé avec son mari une vaisselle industrielle qui garde l’âme du potier. Place à ses délicieuses histoires de table !

Marion Graux chez elle

Céramiques et fleurs séchées par Marion Graux - Chez Marion Graux

QUELLES SONT VOS ENVIES POUR LES PROCHAINES SEMAINES ? & VOS BONNES RÉSOLUTIONS POUR 2020 ?

« Mon ambition pour 2020 c’est d’être beaucoup plus cool : retrouver un peu de lâcher-prise à l’atelier, de décontraction créative. Pour la première fois, je vais m’accorder un mois sans répondre à des commandes pour me concentrer sur des recherche créatives personnelles. J’ai toujours dit que l’inspiration était partout et qu’elle s’attrapait au quotidien. Mais dernièrement, mon quotidien est devenu un peu trop saturé. J’ai envie d’une nouvelle page blanche pour créer de nouvelles formes, trouver de nouvelles couleurs. Et ça demande du temps. » 

Marion Graux et ses vases en céramique​

 

 D'OÙ VIENT CET ATTRAIT POUR LA CÉRAMIQUE ?

« J’ai toujours été sensible à la terre en passant mes vacances dans la Drôme. Et c’est l’envie de créer, de raconter des histoires de table qui m’a naturellement amenée à la céramique. Maintenant je vis avec la terre mais je ne suis pas sculptrice, je fabrique des objets, c’est très important pour moi cet aspect fonctionnel. »

Vases en céramique de Marion Graux​

Chez Marion Graux​

QUEL A ÉTÉ LE CHEMIN POUR DEVENIR CÉRAMISTE ?

« Cela a été un long cheminement. Je n’aime pas le mot « reconversion », comme si d’un coup on inversait tout. J’ai d’abord fait des études artistiques puis de mode pour finir styliste déco. C’était la route nécessaire pour arriver au métier de potier. De la mode je suis passée à la décoration pour finalement me concentrer sur la vaisselle, sur le culinaire. Aujourd’hui, j’ai le sentiment d’être arrivée à ce qui me plaît vraiment, je ne me cherche plus, j’ai trouvé mon terrain de jeu pour le restant de mes jours, je crois ! »

Céramiques de Marion Graux

D’OÙ EST PARTIE L'IDÉE DE DÉVELOPPER UNE VAISSELLE INDUSTRIELLE ?

« Je travaille avec des chefs et parfois ils complétent la vaisselle façonnée à l’atelier par des pièces industrielles pour des raisons budgétaires ou par manque de temps. Et très souvent, ces pièces ne me plaisent pas et le mélange n’est pas heureux. Mais je n’ai plus le temps de tout fabriquer à la main. Alors j’ai retourné le problème dans tous les sens et la seule réponse était de produire dans une manufacture avec un cahier des charges interminable. Je voulais réussir à avoir une vaisselle vibrante, vivante. Alors j’ai cherché partout au Portugal, en France et je n’étais jamais satisfaite du résultat. Finalement, la Manufacture de Digoin a accepté que je leur demande la lune. »

Vaisselle en céramique de Marion Graux @mariongrauxpoterie

POURQUOI LA MANUFACTURE DE DIGOIN ?

« Avec eux, je n’ai pas du tout eu l’impression de vendre mon âme au diable. Le procédé de fabrication y a été adapté afin d’être au plus près de mon travail d’atelier. À chaque étape, la main de l’Homme intervient. Les tarifs restent relativement élevés mais pour cette qualité et cette finition, il était impossible de faire moins cher. Je suis ravie de mettre le projecteur sur la pureté du travail de La Manufacture sachant qu’au siècle dernier ils étaient 200 et qu’aujourd’hui ils sont 17. On a lancé une campagne sur KissKissBankBank pour financer la production, et les préventes ont dépassé toutes nos attentes. La ligne sera disponible à partir de mai dans mon atelier. »

Vaisselle en céramique de Marion Graux​

COMMENT A ÉTÉ PENSÉE VOTRE BOUTIQUE-ATELIER À PIGALLE ?

« Ce n’est pas une boutique, c’est un atelier, sans horaires ni grand sens du rangement. Je travaille pour des chefs principalement. En fonction de ce qu’il reste de mes commandes, je les propose à la vente à l’atelier. J’ai des productions à respecter donc je ne peux pas tenir une boutique au sens classique du terme, c’est un atelier qui vit alors parfois il y en a partout. Autrefois c’était le local d’un fleuriste à qui j’ai racheté son fond de commerce, et pour faire perdurer l’histoire, je vends des fleurs fanées. Les fleurs que je propose sont comme des vanités dans la peinture, une éloge de la vieillesse, loin des fleurs séchées botoxées et figées que l’on voit partout dans le commerce. »

Atelier de Marion Graux

C'EST UNE AVENTURE FAMILLIALE ?

« Je travaille avec Constantin, mon mari. Quand il n’exerce pas en tant qu’immunologiste, il m’épaule sur toute la partie logistique et finance. L’idée était de me dégager du temps à l’atelier. Sans son aide, je me prenais un peu les pieds dans le tapis avec tous les projets. Je ne voulais pas devenir une femme machine qui faisait des bols à longueur de journée. »



VOTRE HÔTEL PRÉFÉRÉ POUR VOUS ÉCHAPPER LE WEEK-END ?

« Avec un enfant en bas âge, je le cherche encore, mais je rêve d’avoir une réponse à cette question. Je suis preneuse si vous avez le tips ! »



VOTRE PROGRAMME POUR UN DIMANCHE PARFAIT ?

« Être chez moi, lire et cuisiner. »

Marion Graux et sa famille @mariongrauxpoterie​

Marion et Constantin Graux @mariongrauxpoterie​

VOTRE RESTAURANT PRÉFÉRÉ, OÙ L'ON PEUT RETROUVER VOTRE VAISSELLE ?

« Compliqué de n’en citer qu’un, mais j’ai une affection toute particulière pour le Frenchie. Avec le chef Greg Marchand, on collabore depuis le début, il y a une vrai entente, on se comprend. Au fil des années, une vraie intimité professionnelle s’est créée. Mais quel que soit le restaurant, être choisie par un chef est un cadeau. Avec chaque chef, il se passe quelque chose et à chaque fois, c’est différent. Ils savent ce qu’ils viennent chercher chez moi et que je ne fais pas du Limoges, c’est un vrai dialogue. »

Restaurant Frenchie, Covent Garden, Londres

UNE GAMME DE COULEURS QUI VOUS SUIT DEPUIS TOUJOURS ?

« Le rose est ma couleur phare. Je crois que je mettrai une vie à trouver le rose juste, le rose de la peau qui rougie, celui de l’émotion. J’aime les roses qui ne sont pas uniformes, pigmentés, qui rappellent la peau. »

Vases en céramique de Marion Graux​

Vaisselle en céramique de Marion Graux © Laura Stevens​

LA PIÈCE DÉCO QUI VIENT SE MARIER PARFAITEMENT AVEC VOS CÉRAMIQUES ?

« Une belle table en bois, des couverts en argent anciens, et éventuellement un tissu en guise de nappe. Quand la table est dressée, que tout est beau, on ne peut que bien manger. Impossible d’ouvrir une boîte de raviolis dans ces circonstances ! »

COMMENT AVEZ-VOUS IMAGINÉ VOTRE APPARTEMENT / MAISON ? 

« C’est un endroit assez particulier, on dirait une petite maison de campagne nichée dans Paris. On a tout peint en blanc, du parquet au plafond. Le style est résolument haussmannien avec des grands miroirs et une belle hauteur sous plafond. La décoration est minimaliste, j’aime réduire et limiter le superflu. Je ne voudrais garder que l’utile et des vases avec des fleurs séchées. Mais c’est une lutte quotidienne ! J’aime l’idée d’une décoration démunie : une chambre avec juste un lit et des rideaux qui flottent. »

Chez Marion Graux

VOS COUP DE COEUR DESIGN CHEZ SMALLABLE ?

Le bureau Compas Direction de Vitra ; Le paravent en chêne de Hübsch et le fauteuil Pacha imagé en 1975 par Pierre Paulin de Gubi.

Bureau Compas Direction, Vitra - Disponible sur Smallable​

Fauteuil Pacha, Gubi - Disponible sur Smallable​

Paravent, Hübsch - Disponible sur Smallable​

LES CADEAUX À OFFRIR OU SE FAIRE OFFRIR EN TOUTES OCCASIONS ?

« Un bon livre, de l’huile d’olive, un pull en cachemire et de la vaisselle évidemment ! »

La sélection de Marion Graux