INSPIRATION

Nicolas Lefebvre

Un œil égyptien et une pince précolombienne, une coiffe amazonienne et de la monnaie nigérienne, un miroir khmer et un piquet de tente berbère... Des associations improbables signées Nicolas Lefebvre. Le sculpteur relie les continent, allie les époques, conjugue les croyances depuis son atelier du 9ème arrondissement.

Il a vécu au Pérou, séjourne régulièrement à Lisbonne et souhaiterait s’installer en Grèce. Éternel voyageur, passionné d’histoire de l’art ou encore collectionneur éclectique, à ses différentes étiquettes il préfère celle de ”passeur” qui donne une nouvelle vie aux objets. Ses sculptures seront normalement exposées à la galerie Lucas Ratton à Saint-Tropez, cet été. Alors en attendant les beaux jours, l’heureux papa d’une petite fille de 9 ans, Anahi, se raconte à Smallable.

Portraits de Nicolas Lefebvre par Maider Brouqué - maider-brouque.jimdofree.com

COMMENT-ÊTES VOUS ARRIVÉ À LA CRÉATION ?

« J’ai commencé à étudier l’histoire de l’Art à l’école du Louvres, là-bas j’ai appris de la vie des artistes, c’est eux qui m’ont donné cette nécessité de créer. J’ai toujours chiné, toujours aimé les objets. Je les ramène de voyages, de souks, de brocantes, de ventes, des quatre coins du monde. Je suis à la recherche de nouveaux objets en permanence. J’appréhende l’histoire et la géographie à travers eux. Ce qui m’importe, c’est d’abord l’émotion que l’objet me donne, son aspect esthétique en harmonie avec ce que je recherche. Son histoire vient après. La création est arrivée comme une nécessité extérieure, à 25 ans, au décès de ma mère. Un besoin de créer impétueux. »

© Maider Brouqué

 

COMMENT QUALIFIERIEZ-VOUS VOTRE DÉMARCHE ARTISTIQUE ?

« Ma démarche elle est très intuitive, très naïve : les objets de ma collections ont eu envie de s’assembler. Même si mon travail peut faire écho à l’anthropologie - d’ailleurs je travaille avec des chercheurs - les objets ont un côté universel, qu’ils soient occidentaux ou orientaux, d’il y a 2 000 ans ou d’aujourd’hui. »

“L’Autruche, Hommage à Giacometti” 2017 de Nicolas Lefebvre, à la galerie Lucas Ratton Saint-Tropez

QUELLE MATIÈRE PARTICULIÈRE AVEZ VOUS ENVIE DE TRAVAILLER ?

« Le plastique que l’on peut trouver dans la mer, érodé par le sel, le vent. Le temps est passé plus vite sur lui. La dégradation se voit particulièrement sur les objets en plastique. Une métaphore de notre société de consommation ? J’aime aussi travailler les coraux et les coquillages, ils sont très durs et très tendres à la fois.»

© Jean-baptiste Pellerin

COMMENT L’IMAGE DE LA MÈRE NOURRIT- ELLE VOTRE TRAVAIL ?

« Cette réflexion sur la maternité a commencé quand j’ai perdu ma mère et eu ma fille rapidement après. La figure de la déesse mère me guide, c’est une présence réconfortante et bienveillante pour nous tous. Pierre Rabhi, Edgar Morin en parlent. Je le fais intuitivement dans mes sculptures. Dans mon travail, on retrouve souvent la figure de la croix de vie égyptienne (ânkh). Je travaille toujours des trinités d’objets. Je suis aussi bercé par la mer, la mer Méditerranée. Mon œuvre itinérante MAMA carrefour des cultures, doit d’ailleurs voyager sur ses rives. »

Sculpture “La Berbère Napoléonienne” de Nicolas Lefebvre à l’Hotel La Réserve Paris.

Exposition « À 4 Mains » IG : @nicolaslefebvre.artist

Exposition « À 4 Mains » IG : @galerie127

Exposition « À 4 Mains » IG : @nicolaslefebvre.artist

COMMENT A ÉTÉ IMAGINÉE VOTRE EXPOSITION AVEC SARA IMLOUL À LA GALERIE 127 À MARRAKECH ?

« Je travaille avec Sara depuis deux ans. Elle prend en photo à la chambre mes sculptures, elle les interprète avec son œil. On a une véritable complicité dans les travaux. Sara collabore régulièrement avec la galerie tenue par Nathalie Locatelli à Marrakech. Normalement elle n’expose que des photos mais là l’exposition a pris des allures de résidence d’artiste : j’ai composée mes sculptures dans l’atelier de la galerie, avec des éléments trouvés à Marrakech et ses environs (en allant jusqu’à Essaouira), puis Sara les a prises en photo à la chambre, comme au 19ème siècle, très Arte Povera. Nous avons appelé l’exposition « À 4 Mains ». Elle a été présentée à Paris Photo cette année et devait tournée dans le monde, ça sera pour l’après Coronavirus j’espère. »

Exposition « À 4 Mains » IG : @nicolaslefebvre.artist

LES ARTISTES QUI VOUS ANIMENT ET INSPIRENT ?

« Les Dada, les surréalistes, c’est avec eux que je suis arrivé à l’Art premier. Les modernistes sont aussi très importants, un fil conducteur dans mon travail. En fait, ils sont énormément dans mon Panthéon et tous apparaissent en filigranes dans mes sculptures. »

Tableau Rastadada de Francis Picabia, 1920. Collage et encre sur papier. The Museum of Modern Art, New York

© Arnold Newman - Picasso dans son Studio, Cannes 1956

COMMENT SENSIBILISEZ-VOUS VOTRE FILLE ANAHI À L’ART ?

« Anahi baigne dans les arts, depuis qu’elle est toute petite. Je suis un papa et un artiste, c’est indissociable. Elle vient très souvent à l‘atelier. Je chine beaucoup avec elle. Puis elle comprend déjà qu’est ce qu’une œuvre d’art, comme le vit avec nous qui sommes focalisés sur notre art. J’ai un atelier en dehors de la maison mais il y a toujours beaucoup d’objets, de sculptures, chez-nous, ils nous entourent. Je lui demande souvent son avis, ça peut lui arriver de créer à mes côtés. »

© Maider Brouqué

LES MUSÉES PARISIENS QUE VOUS AIMEZ ?

« Le Musée de la Vie Romantique dans le 9ème, pas très loin de mon atelier. Le Petit Palais, je le trouve merveilleux. J’y suis allé très souvent avec mon grand-père, il était collectionneur. Il m’a amené dans les musées, dans les salles de vente, chez Christie’s, Drouot... »

Musée de la Vie Romantique, Paris 9ème

Petit Palais, Paris 8ème

UNE PERSONNALITÉ QUI VOUS GUIDE ?

« J’ai beaucoup d’admiration pour Pierre Rabhi, qui est devenu un ami, il a d’ailleurs écrit sur mon travail. Et nous avons organisé des ventes aux enchères pour sa fondation ensemble. Tout me parle chez lui : sa simplicité heureuse, sa métaphore des petits colibris, son indignation pour nos droits humains, son retour aux sources, cette incitation à retrouver les fondamentaux. On s’est rencontré dans une salle bondée, il était tout penaud dans un coin, moi aussi. Les personnes les plus simples sont les plus éveillées. »

Pierre Rabhi © Radio France / éditions Calmann-Lévy

COMMENT AVEZ-VOUS IMAGINÉ VOTRE APPARTEMENT ?

« Mon appartement c’est la bohème. Il est empli de souvenirs de voyages. J’aime l’idée de pouvoir accueillir toutes les nationalité chez moi et qu’ils se sentent chez eux. »

© Maider Brouqué

© Maider Brouqué

QUELLES SONT VOS LUBIES POUR LE MOBILIER ?

« Le mobilier 18ème, encore l’un de mes décalages ! Je le trouve très élégant quand il est encore dans son jus. Sinon, dans un tout autre registre les meubles de Jean Royère. J’ai des goûts très éclectiques finalement, des guéridons Napoléon III aux arts tribaux. J’ai des pièces très classiques puis je remonte jusqu’au Arts premiers. Et quand j’y pense je n’ai presque pas de pièces du 20ème siècle. »

POURQUOI AVOIR CHOISI LE 11EME ARRONDISSEMENT ?

« On est tombé sur cet appartement qui appartenait à des copains. Ça a été un véritable coup de foudre, on ne pensait pas venir habiter dans ce quartier, mon atelier est dans le 9ème arrondissement. L’appartement est à côté de la rue Saint Maur qui s’est transformée en 10 ans. La terrasse donne sur le Père Lachaise et le stade de Ménilmontant qui sera bientôt une ferme. »

© Maider Brouqué

LE CADEAU QUE VOUS AIMEZ FAIRE ?

« J’aime offrir mes sculptures, je considère qu’elles ont une valeur d’émotion, elles sont pensées pour vivre avec leurs propriétaires et non pas pour spéculer. J’aime l’idée de donner une œuvre qui va accompagner les gens. »

Œuvre de Nicolas Lefebvre chez ©nathanlitera

VOTRE PROCHAIN VOYAGE ?

« La Grèce, je ne sais pas quand, bientôt j’espère. Je suis tombé amoureux de ce pays, il y a 20 ans. Je voudrais habiter là-bas quelques mois par an, trouver une ferme. Je loue également un petit appartement à Lisbonne, j’ai très envie d’y retourner. Le voyage me manque.

Cette année, ma fille a eu la chance de me suivre au Brésil, au Maroc puis d’aller en Inde avec sa mère. Pour moi, « le monde est notre jardin » et je vais lui inculquer ce goût là. Après le voyage pour le voyage ça n’a pas de sens aujourd’hui avec le réchauffement climatique, le voyage doit avoir quelque chose à dire, à transmettre. »

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